Science

L’efficacité des médecines alternatives pour arrêter de fumer : que dit la recherche ?

Certains vantent les mérites des médecines alternatives, remèdes magiques pour arrêter de fumer. Mais que dit la recherche à ce sujet ?

Deux chercheurs en train de travailler

7 juillet 2021

Arrêter de fumer est un parcours difficile, et il faut parfois s’y prendre à plusieurs reprises pour venir définitivement à bout de la dépendance à la nicotine. C’est pourquoi de nombreuses personnes proposent des médecines dites alternatives, censées vous aider dans ce processus. Or, seuls les traitements médicamenteux et les thérapies comportementales ciblant le comportement tabagique ont fait leurs preuves. Aucune des médecines alternatives n'a démontré scientifiquement son efficacité. Dans cet article, on vous propose de faire le point sur ce que dit la recherche à propos de l’efficacité de ces méthodes.

Les médecines alternatives, efficaces pour arrêter de fumer ?

Les médecines alternatives peuvent être suivies d’un effet bénéfique chez certaines personnes qui souhaitent arrêter de fumer. Mais est-ce spécifiquement cette méthode seule qui a permis d’arrêter de fumer ? N’aurait-on pas constaté le même effet avec d’autres méthodes, voire même sans rien faire en particulier ? De manière générale, lorsque ces médecines alternatives sont suivies d’effets bénéfiques, c’est notamment grâce à ce qu’on appelle l’effet placebo. Il s’agit d’un effet positif constaté par une personne après la prise d’une substance ou la réalisation d’un acte présenté comme étant efficace. L’intensité de l’effet placebo dépend de la situation de la personne, de ses croyances, de la qualité de la relation avec la personne ayant prescrit l’acte ou la substance, etc. Il n’y a pas de formule magique ou de remède miracle pour arrêter de fumer.

Beaucoup de médecines alternatives s’appuient sur ce pouvoir de suggestion et peuvent ainsi paraître efficaces pour arrêter de fumer. Mais, la plupart du temps, elles n’ont pas suivi un protocole rigoureux d’évaluation de leurs effets ; et pour celles qui ont fait l’objet d’études, elles sont souvent de mauvaise qualité méthodologique, et les effets trouvés sont dans le meilleur des cas de faible intensité. Une étude a tenté d’évaluer l’apport que pourraient avoir ces médecines « alternatives » et « traditionnelles » en complément de traitements reconnus (conseil médical et traitements de substitution nicotinique). Les auteurs ont conclu que ces médecines alternatives n'augmentent pas les chances de réussir son sevrage. Entrons un peu plus dans les détails.

Que dit la recherche à propos de l’hypnose ?

Les séances d’hypnose sont souvent considérées comme une méthode efficace pour arrêter de fumer. L’hypnose, en soi, lorsqu’elle est pratiquée en suivant un protocole cadré, permet d’obtenir des effets bénéfiques par exemple pour réduire la dose d’anesthésiant lors d’opérations chirurgicales. Cependant, dans le cadre du sevrage tabagique, les thérapies par l’hypnose sont souvent pratiquées sans protocole strict, empêchant d’étudier rigoureusement leur efficacité. Ainsi, les études tentant d’évaluer les bienfaits de l’hypnose sur le sevrage tabagique sont difficiles à interpréter, et il est difficile d’en tirer une conclusion définitive, tant la méthodologie est différente selon les études.

Une méta-analyse* de la fondation Cochrane, qui fait référence dans l’évaluation en matière de traitements, s’est penchée sur la question en rassemblant toutes les études scientifiques menées sur le sujet sur un nombre total de 1926 personnes. L’analyse montre que la plupart des études existant sur le sujet sont de mauvaise qualité, et conclut qu’il n’existe pour l’heure pas de preuves suffisamment solides d’une efficacité spécifique supérieure de l’hypnose par rapport à d’autres types d’interventions comportementales, ou à ne rien faire. Dans les quelques études qui rapportent un effet bénéfique, l’effet est de faible intensité. Il n’y a cependant pas d’effets secondaires rapportés à ce jour dans la littérature scientifique, sauf pour des personnes souffrant de certains troubles psychiatriques. Si vous souhaitez essayer l’hypnose malgré l’absence actuelle de preuve d’efficacité, demandez conseil à votre médecin qui pourra vous orienter vers un praticien avec un diplôme reconnu : certains médecins et psychologues pratiquent des thérapies par l’hypnose qui peuvent être efficaces dans d’autres situations.

Une chercheuse menant une recherche

L’acupuncture pour arrêter de fumer ?

L’acupuncture fait partie des médecines alternatives promues pour arrêter de fumer, notamment pour réduire les symptômes de manque au début du sevrage. Là encore, la recherche est utile pour démêler le vrai du faux. La fondation Cochrane a analysé les études disponibles sur l’efficacité de l’acupuncture dans le sevrage tabagique.

Leur méta-analyse s’appuie sur les résultats d’environ 2000 individus et conclut que, pour maintenir son sevrage, il est aussi efficace de ne rien faire que d’avoir recours à l’acupuncture. Aussi, l’acupuncture n’a montré aucune efficacité supérieure aux substituts nicotiniques et aux conseils médicaux. Il en va de même pour les techniques liées que sont l’acupression et la stimulation laser. Lorsque ces techniques sont réalisées de manière encadrée, elles ne présentent pas de danger particulier, cependant elles peuvent donner lieu dans certains cas à des complications, comme un pneumothorax.

Il n’y a donc à ce jour aucun élément démontrant que l’acupuncture et les techniques liées seraient efficaces pour augmenter ses chances de réussir son sevrage : 8% des personnes ayant suivi des séances d’acupuncture réussissent leur sevrage, contre 9% pour les personnes ayant suivi une procédure placebo.

Pas d’études rigoureuses sur l’homéopathie

L’homéopathie s’appuie sur le principe que « le mal doit être combattu par le mal ». Ainsi, les laboratoires pharmaceutiques commercialisant des traitements homéopathiques disent utiliser des dilutions extrêmes de certaines substances supposées être en lien avec l’affection de la personne. Ces substances diluées sont fixées sur des granules de sucre. Dans le sevrage tabagique, certains prétendent que l’homéopathie pourrait diminuer les symptômes de manque et ainsi aider à arrêter de fumer. Dans la plupart des pays, l’homéopathie est vendue comme complément alimentaire, et n’a donc pas besoin de démontrer son efficacité pour avoir le droit d’être commercialisée, contrairement aux traitements médicamenteux.

Il est très difficile de trouver des éléments plaidant en faveur ou en défaveur de l’homéopathie comme alternative efficace dans le sevrage, puisqu’il n’existe à notre connaissance aucune étude scientifique rigoureuse sur le sujet. Les affirmations prétendant que les traitements homéopathiques seraient efficaces pour le sevrage tabagique ne sont donc pas fondées sur des preuves établies. Là encore, il vaut donc mieux se fier aux solutions thérapeutiques reconnues et validées, qui sont recommandées par les autorités sanitaires.

Les avancées de la recherche sur l’aromathérapie

Les huiles essentielles sont vantées par certains comme un remède aux envies irrésistibles qui peuvent survenir quand on souhaite arrêter de fumer. Premièrement, il est important de garder à l’esprit que les huiles essentielles ne suivent pas un protocole standardisé de fabrication, et que selon la marque, leur composition peut changer : ainsi, recommander une huile essentielle est particulièrement délicat. Ce serait comme recommander de l’huile d’olive. Il en existe une multitude aux goûts différents, et pourtant, la substance de base est la même : c’est de l’huile d’olive ! Par ailleurs, beaucoup d’huiles essentielles de plantes différentes contiennent les mêmes substances. Or, si une de ces substances est active et efficace sur un problème, on peut penser à tort que c’est spécifiquement cette huile essentielle qui a été efficace, alors que d’autres auraient eu le même effet. Pour reprendre l’exemple de l’huile alimentaire, on peut trouver des oméga-3 bénéfiques dans l’huile de colza, mais aussi dans l’huile de noix, de lin ou de chanvre !

Aussi, de nombreux articles à destination du grand public relaient des résultats isolés de recherche en les généralisant beaucoup trop. C’est par exemple le cas de l’huile essentielle de lavande qui serait, selon certains journaux, aussi efficace qu’un médicament anxiolytique pour lutter contre l’anxiété et le stress. Mais pour cela, ces journaux généralisent à l’Homme des résultats obtenus dans des conditions expérimentales très précises sur quelques individus d’une certaine lignée de rats exposés à une certaine dose de produit. Or, il existe plusieurs méta-analyses évaluant l’efficacité de l’huile essentielle de lavande pour combattre l’anxiété, et de manière générale, elles rapportent une faible qualité des études disponibles, de nombreux problèmes méthodologiques et des protocoles trop différents pour permettre de tirer des conclusions claires. Ainsi, quelques composants de certaines huiles essentielles peuvent avoir un effet, mais l’absence d’études standardisées et rigoureuses ne permet pas de recommander telle ou telle huile essentielle, son dosage et son mode d’administration.

Ainsi, en attendant des protocoles standardisés définissant les essences, dosages et modes d’administration adaptés, il n’est pas recommandé d’utiliser l’aromathérapie pour aider à la réussite de son sevrage. Par ailleurs, les huiles essentielles contiennent des substances qui peuvent provoquer des réactions allergiques, et qui peuvent être toxiques si elles sont ingérées ou inhalées en grande quantité, y compris pour les femmes enceintes et les jeunes enfants.

En revanche, une étude récente montre que sentir une odeur que l’on aime permettrait de retarder la réponse à une envie irrésistible de fumer, et donc pourrait être une bonne stratégie de court terme pour se distraire en attendant que l’envie ne disparaisse d’elle-même. À vos nez !

Pour conclure sur ces médecines alternatives pour arrêter de fumer

De manière générale, il n’existe à ce jour aucun élément prouvant l’efficacité des médecines alternatives pour arrêter de fumer. Certaines pourraient être efficaces dans votre cas, en complément de méthodes qui ont montré leur efficacité, telles que les Thérapies Comportementales et Cognitives sur lesquelles s’appuie Kwit, ou les traitements de substitution nicotinique. Dans tous les cas, demandez conseil à votre médecin traitant, car certaines médecines alternatives peuvent avoir des effets indésirables graves ou interagir avec d’autres traitements en cours.

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*Une méta-analyse est une analyse globale de toutes les études scientifiques traitant du même sujet. Cette méthode permet d’avoir une vision globale de l’état de la recherche sur une thématique en combinant les résultats des différentes études. Il s’agit du type d’analyse le plus fiable sur l’échelle des niveaux de preuve.

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