18 mars 2022

Science

Le tabagisme et la pollution de l’air : quels risques ?

La fumée du tabac est nocive pour ceux qui la respirent, que ce soit dans le tabagisme actif ou passif. Ce que l’on sait moins, c’est que cette fumée ne disparaît pas comme par magie.

La fumée du tabac se révèle être un véritable facteur de pollution de l’air intérieur : ses composants peuvent rester dans les lieux pendant très longtemps ! Une étude a montré qu’un non-fumeur vivant avec un fumeur respire à son domicile autant de particules fines nocives qu’un non-fumeur vivant dans une ville fortement polluée, comme Paris ou New York !

De quoi est faite la fumée du tabac ?

La fumée de tabac est ce que l’on appelle un aérosol, c’est-à-dire un mélange de 90 % de gaz et 10 % de particules. Selon l’Académie de médecine, la fumée de cigarette est l’un des plus gros polluants de l’air intérieur, car il est très chargé en particules nocives. Pour vous faire une idée, 3 cigarettes fumées en 30 minutes émettent 10 fois plus de particules nocives qu’un moteur diesel tournant au ralenti pendant le même temps.

Les polluants de la fumée de tabac viennent de la combustion à haute température du tabac, de ses additifs et du papier : on retrouve ces particules (goudrons, nicotine, métaux lourds, etc.) dans le nuage de fumée.

Tabagisme actif, passif et… ultra-passif !

Depuis quelques années, on insiste beaucoup sur les dangers de la fumée dite tertiaire, ou tabagisme ultra-passif. Concrètement, il s’agit de la pollution de l’air liée au tabac qui persiste une fois la cigarette terminée et de ses retombées. Les particules contenues dans la fumée du tabac restent un temps en suspension dans l’air avant de se déposer sur les surfaces, sols et murs et de s’incruster dans les textiles, comme les moquettes et les rideaux. Elles peuvent alors y rester plusieurs mois, voire plusieurs années, dans un habitacle clos comme une voiture.

La recherche avance et il devient de plus en plus évident que la fumée tertiaire représente un véritable danger. Malgré cela, il demeure sous-estimé par beaucoup. En effet, les fines particules de la fumée de tabac réagissent également avec d’autres composés de l’air ambiant et peuvent parfois former des composés encore plus nocifs, qui peuvent persister plusieurs mois. Pire encore, ces particules fines résistent à l’aération des locaux et peuvent se remettre en suspension lors d’un mouvement.

Préservons les enfants du tabagisme tertiaire

Les premières et les plus grandes victimes du tabagisme ultra-passif sont les enfants. Du fait de leur petite taille et de leurs habitudes de circulation (ramper sur le sol par exemple), les jeunes enfants inhalent ces particules résiduelles de tabac, et ils sont encore plus sensibles que les adultes à la pollution de l’air en raison de leur respiration plus rapide.

En mettant les mains à la bouche, il arrive d’ailleurs souvent qu’ils en avalent également. Pour le Pr. Winickoff, pédiatre à la Harvard Medical School, le petit enfant pourrait inhaler des doses jusqu’à 20 fois plus élevées qu’un adulte ! D’ailleurs, une récente étude américaine révèle que plus de 9 enfants sur 10 présentent des résidus de nicotine sur les mains, y compris les enfants dont les parents ou les proches ne fument pas.

Cette contamination est donc particulièrement nocive pour les personnes qui passent le plus de temps à la maison, qu’il s’agisse des jeunes enfants ou des personnes âgées. Les jeunes enfants exposés aux résidus de fumée du tabac souffrent davantage de bronchites, d’otites récidivantes et de crises d’asthme. Chez les adultes, on impute aux particules fines l’augmentation ou l’aggravation des maladies cardio-vasculaires et pulmonaires, comme l’asthme et la bronchite chronique, ainsi que la survenue d’accidents vasculaires cérébraux.

Pas encore convaincus ? Attendez la suite !

Une pollution qui persiste là où on ne s’en doute pas

Une équipe de chercheurs de l’université de Yale a cherché à évaluer la problématique du tabagisme ultra-passif dans un lieu non-fumeur. Les chercheurs ont placé, durant quatre jours, un dispositif de prélèvement dans les conduits d'évacuation d'air d'un cinéma à Mayence, en Allemagne, où il est interdit de fumer depuis 15 ans.

Cette expérience a permis de relever les niveaux de 35 produits chimiques issus du tabac, parmi lesquels des composés toxiques comme le benzène et le formaldéhyde. Cette expérience a montré que ces taux ont augmenté en présence de spectateurs, et ce jusqu'à +200% lors des séances réservées aux adultes ! Les chercheurs estiment que ces taux seraient équivalents à une exposition au tabagisme passif d'une à dix cigarettes pendant une heure.

Les auteurs de l’étude expliquent ainsi que tout le monde peut potentiellement transporter avec lui les composants de cette "fumée de troisième main" d'un environnement à un autre, et les déposer dans un endroit non-fumeur. Ces substances dangereuses s'évaporent aussi lentement des vêtements, avec des pics observés lorsque les personnes sont en mouvement, au moment de s'installer dans la salle. Ces polluants restent ensuite présents dans la pièce, même si elle est inoccupée pendant plusieurs jours, voire plusieurs années en cas de faible ventilation.

Aussi, la concentration moyenne en particules fines de 93 foyers fumeurs étudiés dépassait largement les taux limites édictés par l’Organisation Mondiale de la Santé. Le Consortium californien sur la fumée tertiaire dit même que l’on trouve encore des polluants de la fumée dans la poussière et le papier peint de maisons où l’on ne fume plus depuis 20 ans ! Le personnel du ménage des hôtels est ainsi exposé à des risques professionnels non négligeables. C’est le cas notamment lorsque l’interdiction de fumer n’est pas appliquée à tout un hôtel. En effet, les chambres de non-fumeurs sont malgré tout contaminées par les résidus de fumée provenant des chambres de fumeurs.

Que faire pour s’en protéger ?

Des règles de vie simples permettent de limiter les méfaits du tabagisme ultra-passif.

Ne jamais fumer dans son domicile reste l’une des premières mesures à s’imposer. Dans un sondage réalisé par OpinionWay pour notre partenaire Demain Sera Non-Fumeur, environ 36% des foyers composés d’au moins un fumeur déclarent y fumer à l’intérieur. Pour 71% de ces foyers, cette pratique est quotidienne. 58% des sondés (fumeurs et non-fumeurs) indiquent que la règle dans leur domicile est de fumer dans un espace extérieur. Ceci est une excellente manière de protéger les siens, sous réserve de ne pas le faire à proximité d’une fenêtre ou d’une porte d’entrée. En revanche, ils sont encore 14% à fumer à la fenêtre et 6% sous une VMC. Ces pratiques sont malheureusement totalement inefficaces contre les fumées tertiaires.

Enfin, la voiture reste également un lieu qui concentre de très forts niveaux de pollution puisque les microparticules de la fumée du tabac retombent sur les sièges, tapis et moquette de l’habitacle. Pour rappel, fumer dans son véhicule en présence d’un mineur est légalement interdit en France depuis 2016.

Quoi qu’il en soit, l’aération du domicile est extrêmement importante même si cela ne permet pas de supprimer entièrement les particules déposées sur les tissus et les sols. Pour les maisons contaminées par un tabagisme de longue durée qui a déposé au fil des années des couches successives de composés toxiques, il est conseillé de tout changer : meubles, peintures, revêtements de sols, et même le système de ventilation !

Finalement, il n’existe qu’une manière de se prémunir contre les dangers du tabagisme ultra-passif : se libérer de la dépendance à la cigarette et promouvoir le sevrage tabagique pour toutes et tous ! C’est dans ce sens que nous avançons ensemble, avec notre partenaire Demain Sera Non-Fumeur et tous nos utilisateurs !

Cet article a été co-écrit avec notre partenaire Demain Sera Non-Fumeur (DNF).

DNF est une association de droit local alsacien, reconnue de mission d’utilité publique. Depuis 1973, elle assure une double mission de prévention du tabagisme et de protection contre la fumée de tabac. Précurseur dans ce domaine, DNF n’a jamais limité le tabagisme à son aspect sanitaire. En effet, depuis presque un demi-siècle, l’association traite de problématiques liées au tabagisme au travers des droits humains, de la sauvegarde de l’environnement, des inégalités sociales et territoriales de santé ainsi que de la fiscalité.

Chaque année, la Direction générale de la santé lui confie trois missions :

  • La veille stratégique et la veille au respect des dispositions de contrôle du tabac ;

  • L’information et la sensibilisation du grand public et des décideurs ;

  • Le soutien au réseau d’acteurs impliqués dans la lutte antitabac.

DNF est également présente sur le terrain, à l’aide de huit associations régionales regroupant plusieurs centaines d’adhérents. Celles-ci effectuent essentiellement des missions d’accompagnement de victimes du tabagisme.

Si vous avez besoin de soutien, n’hésitez pas à rejoindre notre groupe d'entraide pour l'arrêt du tabac!

Si vous souhaitez modérer ou arrêter votre consommation d'alccol, n’hésitez pas à aussi rejoindre notre groupe de soutien !

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